Le blog de Michel LIEBGOTT, député socialiste de la Moselle
M. Michel Liebgott - J’ai entendu avec satisfaction notre collègue François Dosé donner quelques exemples concrets de ce que fait actuellement le Gouvernement et de ce que nous souhaiterions faire, si nous revenions au pouvoir. Nous avons le sentiment qu’il n’y a plus dans ce pays de politique industrielle, ni de volonté publique. Nous nous alignons sur toutes les politiques ultralibérales, en particulier celles menées aux Etats-Unis, dont nous voyons pourtant sur quoi elles débouchent : « irakisation » du monde au nom d’intérêts pétroliers ; quotas pour protéger le marché américain ; refus de signer le protocole de Kyoto… L’essentiel, c’est que les États-Unis dominent le monde ; et le candidat de l’UMP, rendant visite au président américain, ne se gêne pas pour dire que son objectif est de faire mieux – c’est-à-dire, à nos yeux, pire : plus de libéralisme, davantage de suppressions d’emplois !
M. Jacques Godfrain - Si on parlait de la Chine et de Tien An Men ?
M. Michel Liebgott – Je prendrai un exemple concret, celui de la sidérurgie française, que vous allez petit à petit, sauf revirement, enterrer, faute d’interventionnisme, ou plutôt à cause d’interventions mal à propos. Il y a quatre ou cinq ans, lorsque vous êtes arrivé aux affaires, Monsieur le ministre, les députés socialistes vous ont interrogé sur l’avenir de la sidérurgie française, Arcelor venant d’annoncer des suppressions d’emplois en 2008. J’avais fait part de notre indignation devant cette annonce de la disparition d’une filière stratégique. Il est vrai que cela arrangeait tout le monde : il n’y aurait pas de licenciements : les salariés partiraient à la retraite, et les intérimaires, qu’Arcelor embauchait en masse, ne poseraient pas de problème de licenciement. L’entreprise passait alors pour un saint-bernard : comme il n’y avait pas de licenciement, elle n’était obligée à aucun plan de revitalisation ; tous ses efforts témoignaient de sa bonne composition, disiez-vous. Eh bien, le Gouvernement a eu tout faux ! Nous défendons une vision industrielle dynamique, comme elle est pratiquée au Luxembourg, qui intervient, reprend des territoires, transforme des friches, crée des emplois. Monsieur le président Ollier, je vous ai demandé de réunir la commission à nouveau, rapidement, pour que nous sachions quel coup bas le Gouvernement prépare contre Mittal-Arcelor. Arcelor avait prévu d’arrêter sa production en 2008-2009, tandis que le nouveau groupe souhaite continuer de produire en France. Il conviendrait donc d’aborder la question de leurs quotas de CO2, pour conjuguer politique industrielle et politique environnementale. L’Europe va enregistrer les décisions françaises, mais celles-ci ne sont pas favorables à l’industrie. Je demande solennellement au Gouvernement de revoir son plan ou, en tout cas, de définir une politique industrielle a minima, pour éviter des milliers de suppressions d’emploi. Sinon, vous aurez la peau des derniers sidérurgistes ! Je regrette que nous n’ayons pas ce débat ; cette lacune a obligé Mittal-Arcelor à s’adresser au Président de la République, qui n’est pas pourtant pas compétent, aux termes de la Constitution, pour conduire la politique économique de la France en direct. On ne nous propose pas rien d’autre que le libéralisme tous azimuts (Exclamations sur les bancs du groupe UMP), qui s’est déjà installé petit à petit, conduisant à des suppressions d’emplois successives, au renvoi des pauvres sur les départements, qui n’en peuvent plus, et au transfert de la politique économique vers les régions, dont vous prenez un malin plaisir à rappeler qu’elles augmentent les impôts alors que, si elles le font, c’est parce qu’elles ont une politique industrielle volontariste, contrairement au Gouvernement (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et du groupe des députés communistes et républicains.)